Affichage des articles dont le libellé est Pierre_Louis_Moreau_de_Maupertuis. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Pierre_Louis_Moreau_de_Maupertuis. Afficher tous les articles

lundi 29 juin 2020

DE RERUM NATURA - SUITE



Citation
Il peut bien se faire qu'aucune d'elles (les religions ) ne soit vraie, mais il est impossible en tout cas que plus d'une le soit.
Lucrèce

L’Ancien, le Nouveau Testament ou le coran présentent un dieu enfermé dans sa « sagesse », en réalité une absence de la présence d’une réelle sagesse non sans rappelerpar certains aspects d’autres dieux avant-eux pour n’offrirà l’humanitéque le spectacle désolant de l’état d’esprit, de la morale ou de la mentalité de leurs rédacteurs, autant de scribes dont la présence de la sagesse chez-euxn’est en rien un trait de caractère.

Le sage, je pense plus particulièrement au romain poète philosophe Lucrèce a plus de mérite que leurs dieux parce que leurs dieux y compris les dieux du monothéisme ont hérité par nature de l’idée de la « sagesse » qu’exprime chez les grecs Platon ou Aristote alors, que la sagesse humaine est acquise...c’est bien là, ce qui fait la différence.

Avec Lucrèce, l’idée de cette présence immédiate de la sagesse prend corps, en son temps visionnaire, inventant un nouveau langage en opposition pourrait-on dire à la préparation ambiante d’un vocabulaire chrétien, sans doute, fut-il par la pensée critique acquise en conjuguant la poésie et la raison le premier à initier dans l’esprit de ses contemporains ou pour les Hommes que nous sommes de découvrir la fraîcheur d’une pensée critique dans l’exercice de la plus fine déconstruction de la psyché délétère des inventeurs de dieux contre-nature plus dominateurs, plus instrumentalisés ou plus toxiques les uns que les autres. - CRAB

Citation
C'est trop souvent la religion elle-même qui enfanta des actes criminels et impies. Lucrèce

De la nature - de rerum natura de Lucrèce, 1ersiècle avant l’ère commune- Extrait
Mère des Romains, charme des dieux et des hommes, bienfaisante Vénus, c'est toi qui, fécondant ce monde placé sous les astres errants du ciel, peuples la mer chargée de navires, et la terre revêtue de moissons; c'est par toi que tous les êtres sont conçus, et ouvrent leurs yeux naissants à la lumière. Quand tu parais, ô déesse, le vent tombe, les nuages se dissipent; la terre déploie sous tes pas ses riches tapis de fleurs; la surface des ondes te sourit, et les cieux apaisés versent un torrent de lumière resplendissante.
[ ] Dès que les jours nous offrent le doux aspect du printemps, dès que le zéphyr captif recouvre son haleine féconde, le chant des oiseaux que tes feux agitent annonce d'abord ta présence, puis, les troupeaux enflammés bondissent dans les gras pâturages et traversent les fleuves rapides tant les êtres vivants, épris de tes charmes et saisis de ton attrait, aiment à te suivre partout où tu les entraînes! Enfin, dans les mers, sur les montagnes, au fond des torrents, et dans les demeures touffues des oiseaux, et dans les vertes campagnes, [1,20] ta douce flamme pénètre tous les cœurs, et fait que toutes les races brûlent de se perpétuer. Ainsi donc, puisque toi seule gouvernes la nature, puisque, sans toi rien ne jaillit au séjour de la lumière, rien n'est beau ni aimable, sois la compagne de mes veilles, et dicte-moi ce poème que je tente sur la Nature [ ]
Fais cependant que les fureurs de la guerre s'assoupissent, et laissent en repos la terre et l'onde. Toi seule peux rendre les mortels aux doux loisirs de la paix, puisque Mars gouverne les batailles, et que souvent, las de son farouche ministère, il se rejette dans tes bras, et là, vaincu par la blessure d'un éternel amour, il te contemple, la tête renversée sur ton sein; son regard, attaché sur ton visage, se repaît avidement de tes charmes; et son âme demeure suspendue à tes lèvres. Alors, ô déesse, quand il repose sur tes membres sacrés, [ ] et que, penchée sur lui, tu l'enveloppes de tes caresses, laisse tomber à son oreille quelques douces paroles, et demande-lui pour les Romains une paix tranquille.
Lucrèce

Avertissement
Ne craignons pas, parce qu’ils conviennent, parce qu’ils sont appropriés d’utiliser des mots ou des expressions que d’autres ont dénaturés ou carrément salis.
Qu’en est-il de la sagesse à notre époque marquée par un recul culturel, par l’infantilisme sans limite bien souvent généré par des racistesanti-blancs ou anti-autres qu’eux-mêmes, auto-racialisés etsoucieuxd’effacer les mémoires, l’histoire, la généalogiepropre à chaque étape significativedel’histoired’un pays, lesquels pour beaucoup d’entre-eux des islamo-gauchistes, qui en outre, envisagent non sans ridiculededéboulonner des statues ;
c’est un recul de la pensée correspondant pourl’essentiel à la main-mise par les platoniciens et les aristotélicienssur l’école, soutenus pour des raisons purement carriéristespar la majorité de la classe politique, laquelle vient de connaître un échec retentissant dû à une abstention record*1 ;
n’avait-elle pasauparavant, jugépréférable d’enseigner le fait religieux à l’école sans enseigner en contrepartie le fait athée*2?

*1 –Ici, il faut rappeler, compte tenu, une fois de plus, du résultat des élections d’hier (28 Juin),que les élus ne représentent qu’eux-mêmes, d’où l’urgence de remplacer par une république girondine cette république jacobine qui a failli à tousses devoirs au profit d’une oligarchie exclusivement préoccupée de dépouiller les populations de tout leurs droits ;
d’la nécessité de rétablir la souveraineté nationaleet d’établir des contraintes visant à réguler nos relations dans le cadre d’une Europe des Nations et vis à vis de la mondialisation.

*2- ne pas confondre avec l’enseignement de " Les lumières ", ni oublier que nos libertés, que notre identité sont menacées en permanence dans l’objectif pas encore complètement atteintdefaire de nous tous des consommateurs tous pareilset autant que possible croyants dans une divinité (l’espoir fait vivre, n’est-ce pas ?) :
l’identité des peuples sacrifiées écraséssous lepoids d’un libéralisme sans règle, nullement pensé en terme de concurrence loyale etd’unemondialisation sans régulation sous le contrôledélibéré de« sachants », si chers aux platoniciens;
sur ce modèle maastrichtien et mondialiste déstructurant viennentse greffer d’autant plus naturellementles tentatives répétées d’islamisation de la société au détriment de la laïcité ;
en outre à ce propos, se souvenir que l’immigration musulmane*3n’est pas une immigrationchoisie par la majorité de nos compatriotesni l’immigration en général surtout dans des périodes de chômages qui n’en finissent pas de pénaliser notre paysdepuis prèsd’un demi-siècle;
laquelle immigrationconvient parfaitement à une partie importante du patronatet à l’oligarchie au pouvoir dans de nombreuxdomaines de la société, donc une doxa pas seulement révélatrice des idéaux de la grande majorité de la classe politiquequi pourtant minoritairementgouverne contre la volonté de la majorité des français dont celle, cette majoritéqui, entre-autres, avait dit non à Maastricht.

RAPPEL, *3 - c’est parfaitement prédictible, sans abroger le regroupement familial, il sera impossible de reprendre les territoires perdusde la république.
Curieusementl’immigration musulmane ne prend jamais la direction des pays riches, voire richissimesdes régions dumonde dominées par des musulmans, pourquoi ? - CRAB

Suites


dimanche 2 septembre 2018

Lucrèce - De rerum natura


Liminaire – Mettre fin à ces jours
Lucrèce l’encourage dans tous les cas de figures : en effet, Lucrèce conseille à la personne qui a bien profité de la vie et qui a pu jouir de tous ses plaisirs de la quitter épanoui ; et si au contraire, la personne subit sa vie sans y trouver de plaisir, pourquoi la traîner en longueur ?

Lucrèce : La mort n’est pas à craindre
Cit - Si ta vie écoulée a recueilli tes grâces, Si tu n'as pas laissé, comme un vase percé,
S'écouler tous les biens par ton ingratitude, Que ne sors-tu, sot, en convive plein de vie,
Et ne fais bon visage au repos sans souci ?
Mais si tes fruits passés se sont tous épandus, Si vivre te déplaît, pourquoi demander plus,
Quand tout finirait mal, perdu d'ingratitude ? Mets donc plutôt un terme à ta vie et tes peines !
Car il n'est rien de neuf que je puisse inventer Pour te faire plaisir ; tout est toujours pareil. Lucrèce

La mort est absence de sensation
Notre existence est en effet régie par l’union intime de la psyché ( l’esprit ou l’âme )et du corps, ainsi Lucrèce nous rappelleque la mort ne nous touche aucunement attendu que l’âme est mortelle – ce n’est pas la vie humaine qui est éternelle mais la mort, et je peux énoncer qu’on a une deuxième vie lors qu’on a compris qu’on a qu’une - CRAB




Cit - Et si c'est un vieillard qui se lamente ainsi, Qui se plaint de la mort, pleurant plus qu'il n'est juste, Ne serait-elle en droit de donner plus de voix : « Ravale donc ces pleurs, gouffre, retiens tes plaintes ! Tous les biens de la vie épuisés, tu déclines ; À désirer l'absent, mépriser le présent, La vie enfin t'échappe, ingrate, inachevée, Et voici que tu vois la mort à ton chevet Sans pouvoir t'en aller le cœur plein et content. Laisse donc tout cela, qui n'est plus de ton âge, Allons ! Du cœur, il faut céder la place aux autres ! »
Démontrons maintenant la nature mortelle de l’âme et l’absurdité de la crainte de la mort. Lucrèce
[ … ]
Notre existence est en effet régie par l’union intime de la psyché et du corps, ainsi Lucrèce peut nous rappeler le fait que la mort ne nous touche aucunement attendu que l’âme est mortelle

Cit -On voit qu'il n'y a rien à craindre dans la mort, Que celui qui n'est pas ne peut souffrir de rien.
Et donc la mort n'est rien en rapport avec nous Et ne nous touche en rien, sachant l'esprit mortel. Et comme au temps passé nous n'avons rien souffert, Quand les Carthaginois partout venaient combattre, Que le monde ébranlé par le choc de la guerre Tremblait épouvanté sous la voûte du ciel, Et que l'humanité se demandait à qui L'empire allait échoir sur la terre et la mer, De même, quand nous ne serons plus, qu'âme et corps Divorceront, rompant l'union qui nous forme, Nous qui ne serons plus, rien, absolument rien Ne pourra nous atteindre ni mouvoir nos sens, Même si terre et mer, mer et ciel se mêlaient.
Et si l'âme et l'esprit, après s'être arrachés De notre corps, avaient encor des sentiments,
Cela ne serait rien en rapport avec nous, Qui sommes l'union de l'âme avec le corps.
Même si le temps rassemblait nos matériaux Après la mort, et les rangeait comme à présent, Nous donnant la lumière et la vie à nouveau, Cela non plus ne nous toucherait nullement, Le souvenir de nous-même une fois rompu. Et rien ne nous atteint aujourd'hui de ce nous Que nous fûmes, il ne nous donne aucune angoisse.‘’ Je dois chasser et renverser cette peur de l'Achéron qui pénétrant l'homme jusqu'au cœur, trouble sa vie, la teint tout entière de la couleur de la mort’’ - - Lucrèce( 1ersiècle, de notre ère )

Suite- Lettre à Ménécée
http://laicite-moderne.blogspot.com/2018/09/epicure-lettre-menecee.html





samedi 1 septembre 2018

EPICURE - Lettre à Ménécée


Épicure à Ménécée,
Même jeune, on ne doit pas hésiter à philosopher. Ni, même au seuil de la vieillesse, se fatiguer de l’exercice philosophique. Il n’est jamais trop tôt, qui que l’on soit, ni trop tard pour l’assainissement de l’âme. Tel, qui dit que l’heure de philosopher n’est pas venue ou qu’elle est déjà passée, ressemble à qui dirait que pour le bonheur, l’heure n’est pas venue ou qu’elle n’est plus. Sont donc appelés à philosopher le jeune comme le vieux. Le second pour que, vieillissant, il reste jeune en biens par esprit de gratitude à l’égard du passé. Le premier pour que jeune, il soit aussi un ancien par son sang-froid à l’égard de l’avenir. En définitive, on doit donc se préoccuper de ce qui crée le bonheur, s’il est vrai qu’avec lui nous possédons tout, et que sans lui nous faisons tout pour l’obtenir.
Ces conceptions, dont je t’ai constamment entretenu, garde-les en tête. Ne les perds pas de vue quand tu agis, en connaissant clairement qu’elles sont les principes de base du bien vivre.
D’abord, tenant le dieu pour un vivant immortel et bienheureux, selon la notion du dieu communément pressentie, ne lui attribue rien d’étranger à son immortalité ni rien d’incompatible avec sa béatitude. Crédite-le, en revanche, de tout ce qui est susceptible de lui conserver, avec l’immortalité, cette béatitude. Car les dieux existent : évidente est la connaissance que nous avons d’eux. Mais tels que la foule les imagine communément, ils n’existent pas : les gens ne prennent pas garde à la cohérence de ce qu’ils imaginent. N’est pas impie qui refuse des dieux populaires, mais qui, sur les dieux, projette les superstitions populaires. Les explications des gens à propos des dieux ne sont pas des notions établies à travers nos sens, mais des suppositions sans fondement. De là l’idée que les plus grands dommages sont amenés par les dieux ainsi que les bienfaits. En fait, c’est en totale affinité avec ses propres vertus que l’on accueille ceux qui sont semblables à soi-même, considérant comme étranger tout ce qui n’est pas tel que soi.
Accoutume-toi à penser que pour nous la mort n’est rien, puisque tout bien et tout mal résident dans la sensation, et que la mort est l’éradication de nos sensations. Dès lors, la juste prise de conscience que la mort ne nous est rien autorise à jouir du caractère mortel de la vie : non pas en lui conférant une durée infinie, mais en l’amputant du désir d’immortalité.
Il s’ensuit qu’il n’y a rien d’effrayant dans le fait de vivre, pour qui est authentiquement conscient qu’il n’existe rien d’effrayant non plus dans le fait de ne pas vivre. Stupide est donc celui qui dit avoir peur de la mort non parce qu’il souffrira en mourant, mais parce qu’il souffre à l’idée qu’elle approche. Ce dont l’existence ne gêne point, c’est vraiment pour rien qu’on souffre de l’attendre ! Le plus effrayant des maux, la mort ne nous est rien, disais-je : quand nous sommes, la mort n’est pas là, et quand la mort est là, c’est nous qui ne sommes plus ! Elle ne concerne donc ni les vivants ni les trépassés, étant donné que pour les uns, elle n’est point, et que les autres ne sont plus. Beaucoup de gens pourtant fuient la mort, soit en tant que plus grands des malheurs, soit en tant que point final des choses de la vie.
Le sage, lui ne craint pas le fait de n’être pas en vie : vivre ne lui convulse pas l’estomac, sans qu’il estime être mauvais de ne pas vivre. De même qu’il ne choisit jamais la nourriture la plus plantureuse, mais la plus goûteuse, ainsi n’est-ce point le temps le plus long, mais le plus fruité qu’il butine ? Celui qui incite d’un côté le jeune à bien vivre, de l’autre le vieillard à bien mourir est un niais, non tant parce que la vie a de l’agrément, mais surtout parce que bien vivre et bien mourir constituent un seul et même exercice. Plus stupide encore celui qui dit beau de n’être pas né, ou « sitôt né, de franchir les portes de l’Hadès ».
S’il est persuadé de ce qu’il dit, que ne quitte-t-il la vie sur-le-champ ? Il en a l’immédiate possibilité, pour peu qu’il le veuille vraiment. S’il veut seulement jouer les provocateurs, sa désinvolture en la matière est déplacée.
Souvenons-nous d’ailleurs que l’avenir, ni ne nous appartient, ni ne nous échappe absolument, afin de ne pas tout à fait l’attendre comme devant exister, et de n’en point désespérer comme devant certainement ne pas exister.
Il est également à considérer que certains d’entre les désirs sont naturels, d’autres vains, et que si certains des désirs naturels sont nécessaires, d’autres ne sont seulement que naturels. Parmi les désirs nécessaires, certains sont nécessaires au bonheur, d’autres à la tranquillité durable du corps, d’autres à la vie même. Or, une réflexion irréprochable à ce propos sait rapporter tout choix et tout rejet à la santé du corps et à la sérénité de l’âme, puisque tel est le but de la vie bienheureuse. C’est sous son influence que nous faisons toute chose, dans la perspective d’éviter la souffrance et l’angoisse. Quand une bonne fois cette influence a établi sur nous son empire, toute tempête de l’âme se dissipe, le vivant n’ayant plus à courir comme après l’objet d’un manque, ni à rechercher cet autre par quoi le bien, de l’âme et du corps serait comblé. C’est alors que nous avons besoin de plaisir : quand le plaisir nous torture par sa non-présence. Autrement, nous ne sommes plus sous la dépendance du plaisir.
Voilà pourquoi nous disons que le plaisir est le principe et le but de la vie bienheureuse. C’est lui que nous avons reconnu comme bien premier et congénital. C’est de lui que nous recevons le signal de tout choix et rejet. C’est à lui que nous aboutissons comme règle, en jugeant tout bien d’après son impact sur notre sensibilité.
 

Justement parce qu’il est le bien premier et né avec notre nature, nous ne bondissons pas sur n’importe quel plaisir : il existe beaucoup de plaisirs auxquels nous ne nous arrêtons pas, lorsqu’ils impliquent pour nous une avalanche de difficultés. Nous considérons bien des douleurs comme préférables à des plaisirs, dès lors qu’un plaisir pour nous plus grand doit suivre des souffrances longtemps endurées. Ainsi tout plaisir, par nature, a le bien pour intime parent, sans pour autant devoir être cueilli. Symétriquement, toute espèce de douleur est un mal, sans que toutes les douleurs soient à fuir obligatoirement. C’est à travers la confrontation et l’analyse des avantages et désavantages qu’il convient de se décider à ce propos. A certains moments, nous réagissons au bien selon les cas comme à un mal, ou inversement au mal comme à un bien.
Ainsi, nous considérons l’autosuffisance comme un grand bien : non pour satisfaire à une obsession gratuite de frugalité, mais pour que le minimum, au cas où la profusion ferait défaut, nous satisfasse. Car nous sommes intimement convaincus qu’on trouve d’autant plus d’agréments à l’abondance qu’on y est moins attaché, et que si tout ce qui est naturel est plutôt facile à se procurer, ne l’est pas tout ce qui est vain. Les nourritures savoureusement simples vous régalent aussi bien qu’un ordinaire fastueux, sitôt éradiquée toute la douleur du manque : pain et eau dispensent un plaisir extrême, dès lors qu’en manque on les porte à sa bouche. L’accoutumance à des régimes simples et sans faste est un facteur de santé, pousse l’être humain au dynamisme dans les activités nécessaires à la vie, nous rend plus aptes à apprécier, à l’occasion, les repas luxueux et, face au sort, nous immunise contre l’inquiétude.
Quand nous parlons du plaisir comme d’un but essentiel, nous ne parlons pas des plaisirs du noceur irrécupérable ou de celui qui a la jouissance pour résidence permanente - comme se l’imaginent certaines personnes peu au courant et réticentes à nos propos, ou victimes d’une fausse interprétation - mais d’en arriver au stade où l’on ne souffre pas du corps et ou l’on n’est pas perturbé de l’âme. Car ni les beuveries, ni les festins continuels, ni les jeunes garçons ou les femmes dont on jouit, ni la délectation des poissons et de tout ce que peut porter une table fastueuse ne sont à la source de la vie heureuse : c’est ce qui fait la différence avec le raisonnement sobre, lucide, recherchant minutieusement les motifs sur lesquels fonder tout choix et tout rejet, et chassant les croyances à la faveur desquelles la plus grande confusion s’empare de l’âme.
Au principe de tout cela, comme plus grand bien : la prudence. Or donc, la prudence, d’où sont issues toutes les autres vertus, se révèle en définitive plus précieuse que la philosophie : elle nous enseigne qu’on ne saurait vivre agréablement sans prudence , sans honnêteté et sans justice, ni avec ces trois vertus vivre sans plaisir. Les vertus en effet participent de la même nature que vivre avec plaisir, et vivre avec plaisir en est indissociable.
D’après toi, quel homme surpasse en force celui qui sur les dieux nourrit des convictions conformes à leurs lois ? Qui face à la mort est désormais sans crainte ? Qui a percé à jour le but de la nature, en discernant à la fois comme il est aisé d’obtenir et d’atteindre le "summum" des biens, et comme celui des maux est bref en durée ou en intensité ; s’amusant de ce que certains mettent en scène comme la maîtresse de tous les événements – les uns advenant certes par nécessité, mais d’autres par hasard, d’autres encore par notre initiative –, parce qu’il voit bien que la nécessité n’a de comptes à rendre à personne, que le hasard est versatile, mais que ce qui vient par notre initiative est sans maître, et que c’est chose naturelle si le blâme et son contraire la suivent de près (en ce sens, mieux vaudrait consentir à souscrire au mythe concernant les dieux, que de s’asservir aux lois du destin des physiciens naturalistes : la première option laisse entrevoir un espoir, par des prières, de fléchir les dieux en les honorant, tandis que l’autre affiche une nécessité inflexible). Qui témoigne, disais-je, de plus de force que l’homme qui ne prend le hasard ni pour un dieu, comme le fait la masse des gens (un dieu ne fait rien de désordonné), ni pour une cause fluctuante (il ne présume pas que le bien ou le mal, artisans de la vie bienheureuse, sont distribués aux hommes par le hasard, mais pense que, pourtant, c’est le hasard qui nourrit les principes de grands biens ou de grands maux) ; l’homme convaincu qu’il est meilleur d’être dépourvu de chance particulière tout en raisonnant bien que d’être chanceux en déraisonnant ; l’idéal étant évidemment, en ce qui concerne nos actions, que ce qu’on a jugé « bien » soit entériné par le hasard.
A ces questions, et à toutes celles qui s’y rattachent, réfléchis jour et nuit pour toi-même et pour qui est semblable à toi, et jamais tu ne seras troublé ni dans la veille ni dans tes rêves, mais tu vivras comme un dieu parmi les humains. Car il n’a rien de commun avec un animal mortel, l’homme vivant parmi des biens immortels." - Épicure ( 342-270, avant notre ère
Suite: Cosa Nostra
http://laicite-moderne.blogspot.com/2018/08/cosa-nostra.html